Perception des arômes

 

 

    Nos sens appartiennent à deux catégories : chimique et physique. La vue, l’ouie et le toucher réagissent aux stimulus physiques ; le goût et l’odorat aux stimulus chimiques. Ce sont donc ces derniers qui permettent la perception des arômes. Nous ne les percevons que lorsque le corps goûté ou senti est mis en contact physique avec les organes du goût ou de l’odorat. Ainsi, les arômes entrent en contact avec les terminaux nerveux de ces organes qui transmettent les stimulus au cerveau afin de les analyser.
    Les terminaisons nerveuses du goût sont réparties dans toute la bouche mais la majorité se trouve sur la langue. L’olfaction a pour support deux petites taches de l’épithélium olfactif ( situé dans la partie supérieure de la fosse nasale ) qui détectent toutes les particules odorantes qui les atteignent. Il est nécessaire de différencier les arômes des parfums. En effet, le mot arôme est attribué aux substances odorantes (sous forme de molécules volatiles ) émises par des produits destinés à la consommation alors que les parfums sont réservés à l’usage externe. Ils sont donc perçus lors des inspirations alors que les arômes, eux, stimulent les récepteurs du nez, lorsqu’ils remontent par les fosses rétronasales, lors de la mastication des aliments.

 

    1) Le fonctionnement de l'odorat
    2) Le fonctionnement du goût
    3) Ce qui peut modifier la perception des arômes

 

        1) Le fonctionnement de l'odorat

    Il est reconnu que l'être humain n'utilise que très peu ses facultés olfactives comparé aux autres animaux. D'ailleurs, chez l'homme, les cellules olfactives n'occupent que cinq centimètres carrés environ de la cavité nasale, alors que celles d'un chien de grande taille peuvent couvrir environ cent mètres carrés ! Toutefois, il semble que le potentiel de transmission et de réception des stimulus olfactifs chez l'homme soit grand. Le bulbe olfactif humain est beaucoup plus important que celui des autres animaux et les connexions neurales y sont nettement plus nombreuses.
    L'organe de l'odorat se situe dans la partie haute des fosses nasales. Ces deux cavités communiquent d'un coté avec l'extérieur, de l'autre vers l'intérieur, avec la partie supérieure du pharynx par deux orifices appelés choanes (du grec choàne signifiant entonnoir, cavité).
    Chaque constituant odorant de l’aliment émet une tension de vapeurs ; toutes rassemblées, elles constituent l’arôme de cet aliment. Cette ambiance gazeuse est entraînée vers la fosse nasale selon deux mécanismes : par voie externe avec le courant normal de l’inspiration pulmonaire ; par voie rétronasale, lorsque l’ambiance se trouve dans la bouche. Cette dernière peut être très différente de celle perçue par voie directe, en effet, de nombreux changements sont intervenus : la température de l’aliment, la surface d’échange qui a pu être modifiée par une mastication, des modifications dues à des dissolutions dans la salive ou à des actions enzymatiques (amylases salivaires ), des fixations de substances à l’intérieur de la cavité buccale.Les organes de l'odorat

    Les cellules sensorielles de l'odorat sont ancrées dans l'épithélium olfactif, tissu situé à la base du bulbe olfactif, et sont partie intégrante du cerveau. L’épithélium olfactif est composé de trois types de cellules: les cellules de soutien, ou interstitielles, qui forment sur leur bordure superficielle un feutrage de microvillosités; les cellules sensorielles, ou neurorécepteurs olfactifs, insérées entre les précédentes et sont des neurones; enfin, les cellules basales  situées dans la profondeur de l’épithélium. Ces dernières donnent au système olfactif une propriété très originale. En effet, elles ont la propriété de se diviser pour donner naissance, tout au long de la vie, à de nouveaux neurorécepteurs. Ces neurones olfactifs, présents par dizaines de millions, sont des cellules nerveuses bipolaires : elles sont prolongées vers l'intérieur par des axones ( sortes de "câbles" véhiculant les signaux électriques provenant des neurones), qui passent à travers la lame criblée de l'os ethmoïde, et qui se terminent vers l'extérieur par de nombreuses dendrites. Elles entrent en connexion synaptique, dans l’os ethmoïde, avec les neurones de deuxième ordre, les cellules mitrales, dont les corps cellulaires sont situés dans la profondeur de cet os. Les relations synaptiques entre les axones des neurorécepteurs et les dendrites des cellules mitrales sont réalisées dans des formations sphériques les "glomérules olfactifs". Le bulbe olfactif contient également deux principales catégories de neurones locaux (les cellules périglomérulaires et les cellules granulaires) qui, excités synaptiquement par les cellules mitrales, leur adressent en retour une inhibition régulatrice de leur activité. Ce sont toutes ces cellules nerveuses qui confère à l’organe olfactif une extrême sensibilité que l’on peut estimer 1000 fois supérieure à celle du goût. systemeolfactif.jpg (30278 octets)

    La surface totale des cils olfactifs est cent fois plus importante que l'aire olfactive elle-même, ce qui offre un large potentiel de réception. Ces cils ont pour fonction de capter les substances volatiles présentes dans la cavité nasale. Lors de leur passage dans le nez, elles sont réchauffées par l'air ambiant, et, selon leur poids, atteignent plus ou moins rapidement les sites récepteurs. Il semblerait que les molécules odorantes se lient à des protéines hôtes, enclenchant ainsi la chaîne de signaux émis par le neurone olfactif et aboutissant au bulbe olfactif puis vers les parties du cerveau chargé de traiter et d'interpréter cette information.

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        2) Le sens du goût

    La saveur est un mélange complexe d'informations sensorielles du goût (la gustation), de l'odeur (l'olfaction) et du sens tactile activé lors de la mastication. Bien que le mot goût désigne fréquemment la saveur, le terme ne s’applique au sens strict qu'aux sensations reçues par les cellules gustatives de la bouche. La perception gustative humaine est décrite au moyen de quatre qualificatifs: salé, acide, sucré et amer. Toutefois, certains ont proposé l'existence d'un cinquième, l'umami, d'un mot japonais qui signifie délicieux et désigne la sensation produite par le glutamate, l'un des 20 acides aminés qui composent les protéines. Sous forme de monosodium de glutamate, il est également un agent de sapidité; c’est à dire qu’il accroît la sensibilité des récepteurs gustatifs. Néanmoins, nous verrons que le goût est un sens plus complexe que la simple combinaison de ces catégories fondamentales.

    Les détecteurs gustatifs

    Les cellules sensorielles sont localisées dans des structures spécialisées, nommées bourgeons gustatifs, situées surtout sur la langue et sur le voile du palais. Sur la langue, la majorité de ces bourgeons sont regroupés dans les papilles, les petites granulosités qui donnent à la langue son aspect rugueux. Toutefois, les papilles de la langue les plus nombreuses, les papilles filiformes, ne contiennent pas de bourgeons gustatifs : elles sont responsables des sensations tactiles. Parmi celles qui contiennent des bourgeons gustatifs, les papilles fongiformes (en forme de champignon) de la partie antérieure de la langue sont les plus visibles: elles contiennent un ou plusieurs bourgeons et ressemblent à des points rosâtres répartis sur le bord de la langue. A l’arrière, de la langue, disposées en un V inversé, une dizaine de papilles de plus grande taille, nommées caliciformes, contiennent également des bourgeons gustatifs. Enfin, on trouve aussi des bourgeons gustatifs dans les papilles foliées, en forme de feuille, qui forment de petites tranchées sur les cotés de la région postérieure de la langue.

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    Les bourgeons du goût sont des amas sphériques, en forme d'oignons, qui contiennent entre 50 et100 cellules gustatives. Au sommet de chacune, de fines projections, nommées microvillosités, font saillie à travers un pore gustatif, une ouverture à la surface du bourgeon du goût. La gustation fonctionne uniquement en milieu liquide. Les substances contenues dans la nourriture ingérée (les substances sapides) doivent d’abord être dissoutes par la salive avant d’atteindre et d’interagir avec les cellules gustatives. Elles interagissent avec deux types de protéines de la surface de ces cellules : les premières sont des récepteurs gustatifs, les secondes des pores nommés canaux ioniques.
    À l'intérieur des cellules gustatives, ces interactions modifient les concentrations des arômes chargés électriquement, des ions. Comme dans les neurones, les ions ont des concentrations différentes de part et d'autre de la membrane des cellules gustatives. Cette différence de concentration en ions impose une différence de potentiel : la charge interne résultante est négative, tandis que la charge externe est positive. Les substances sapides modifient cet état en augmentant la concentration en ions positifs à l'intérieur des cellules gustatives : la différence de potentiel diminue. En raison de cette dépolarisation, les cellules gustatives libèrent des messagers chimiques, des neurotransmetteurs, vers les neurones qui entourent la base des cellules gustatives ; ces neurones captent les neurotransmetteurs, ce qui crée des signaux électriques, propagés, via plusieurs relais, jusqu'au cerveau.
    Toutes les molécules sapides n’agissent pas de la mêmes façon. Les ions hydrogènes (saveur acide) ou les ions sodium (saveur salée) agissent directement sur les canaux des membranes cellulaires, modifiant directement le potentiel électrique des cellules réceptrices en ajoutant leur charge électrique à la charge totale de la cellule. Les composés des autres saveurs, eux, doivent se lier à des molécules (des protéïnes) appelées "récépteurs" comme expliqué dans le shéma ci-dessous prenant comme exemple la molécule amère.

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    3) Ce qui peut modifier la perception des arômes

    Le sel :

    Le chlorure de sodium est une molécule sapide qui stimule les récepteurs des papilles : a-t-il d’autres vertus gustatives ? Est-il cet exhausteur de goût que certains évoquent ? Récemment, des chercheurs ont tenté de savoir si le sel filtrait sélectivement les saveurs, affaiblissant les saveurs déplaisantes (tels l’amer) et rehaussant les saveurs agréables.
    Il paraît logique que l’ajout de sucre diminue l’amertume mais il est plus étonnent d’apprendre que le sel permet une réduction plus grande de l’amertume que le sucre. Les mélanges de sucre, d’urée (amer) et de sel sont moins amer et plus sucrées que les mélanges de sucre et d’urée non salés ! Le caractère sucre est donc augmenté par l’ajout d’acétate de sodium. Ceci a certainement lieu car le sel diminue l’affaiblissement de l’intensité sucrée au contact de l’urée. Ainsi, en absence d’urée, l’ajout d’acétate de sodium n’augmente pas l’intensité sucrée.
    On peut conclure que le sel supprime sélectivement l’amertume et sûrement d’autres saveurs désagréables tout en augmentant les saveurs agréables. Le sel n’est donc pas un exhausteur de goût mais un modificateur de saveurs. On ignore encore aujourd’hui comment la stimulation des récepteurs gustatifs explique ces effets.

    L'environnement des arômes :

    Un verre de vinaigre, imbuvable, devient supportable si on ajoute une grande quantité de sucre. Pourtant l'acidité mesurée par la concentration en ion hydrogène ne change pas. Pourquoi la sensation acide est-elle alors affaiblie? Parce que la perception des saveurs dépend de l'environnement des récepteurs gustatifs. Les mêmes interactions existent autour des récepteurs olfactifs.
    La plupart des aliments sont composés à la fois d'eau et de matières grasses, insolubles dans l'eau; selon leur composition chimique, les arômes se répartissent différemment dans ces phases (cf. II, 1). Puis quand les aliments sont mis en bouche, les molécules aromatiques ou sapides atteignent les récepteurs gustatifs après avoir diffusé dans la salive (solution aqueuse) et dans les phases de types huiles des membranes cellulaires, où se trouvent les récepteurs gustatifs. Simultanément, ils passent en phase vapeur, dans l'air contenu dans la bouche, d'où ils migrent vers les récepteurs olfactifs, logés aussi, comme les récepteurs gustatifs, dans des phases huiles.
    On a constaté grâce à de diverses expériences que selon la texture des aliments, et la composition des arômes, ces derniers passent plus ou moins rapidement d'une phase à une autre. Ainsi si un composé est peu soluble dans l'huile, il aura tendance à la quitter rapidement pour atteindre la phase supérieure. Autrement dit le transfert d'une phase liquide à la phase gazeuse qui le surmonte est plus rapide que le transfert entre deux phases liquides.
    De tels phénomènes se retrouvent pour la gustation : pensons vinaigre additionné de sucre. Ils expliquent que la texture des aliments détermine les goûts et arômes en modifiant la durée pendant laquelle les molécules sapides ou aromatiques restent en bouche ainsi que les vitesses de diffusion de ces molécules, des aliments vers les récepteurs olfactifs ou gustatifs.

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